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 Présentation de l'exposition
 Le milieu naturel et l’environnement socio-économique et humain de l’Archipel des Bijagos
 La mangrove
 Le développement durable dans l'archipel
 Posters de l'exposition


La mangrove : une forêt tropicale particulière, à l'origine d'une biodiversité remarquable


Pêcheurs Bijagos en pirogue
© Danielle Gallois Duquette

La mangrove, un écosystème tropical, une interface avec le milieu terrestre et le milieu marin

La mangrove est souvent définie comme étant l'ensemble de la végétation (les palétuviers) qui se développe dans la zone de balancement des marées des régions littorales intertropicales. Une acception plus large considère la mangrove comme l’ensemble de l’écosystème colonisé par cette végétation.
La mangrove colonise des zones alimentées en eau douce et à l'abri des courants marins, comme les estuaires, les systèmes lagunaires, c’est-à-dire des zones calmes et peu profondes. Dans les régions tropicales, la mangrove occupe près de 75% du linéaire des côtes et deltas. Selon les estimations, elle recouvre 14 à 23 millions d’ha à travers le monde.
En Guinée-Bissau, les mangroves sont présentes sur 245 000 ha (source FAO).

La mangrove couvre un quart des zones côtières de l'Archipel des Bijagos (soit environ 36 000 ha).

Au niveau mondial, les mangroves sont réparties sur deux aires biogéographiques distinctes :
- l'aire orientale qui inclue les côtes est-africaines ainsi que celles de l'Asie et de l'Australie;
- l'aire occidentale qui s'étend le long des côtes atlantiques et de la côte pacifique américaine.


Forêt de palétuviers à marée basse (Bijagos)
© Hellio - Van Ingen

On peut distinguer 3 types de mangroves :
- les mangroves côtières, qui ont la particularité d’être mobiles, en fonction des déplacements des bancs de vase qu’elles colonisent ;
- les mangroves estuariennes, fixes, situées à l'embouchure et dans les deltas des fleuves ;
- les mangroves de récifs coralliens.

Les mangroves présentes sur l’Archipel des Bijagos sont des mangroves littorales et estuariennes.

La mangrove est un écosystème riche et fragile

Des conditions écologiques particulières

L'écosystème de mangrove est caractérisé par des conditions écologiques très particulières :
- une salinité très variable en fonction des apports en eau douce (précipitations, fleuves…),
- une eau pauvre en oxygène (anoxie due à une très importante activité bactérienne),
- un substrat meuble, instable (vase composée de sédiments apportés par les rivières, les écoulements…),
- une alternance exondation/inondation due au flux et reflux des marées, entraînant des périodes prolongées de dessiccation et d’immersion.


Des palétuviers Rhizophora racemosa, colonisant
petit à petit les plages en avant de la mangrove

© Danielle Gallois Duquette


Une faible diversité végétale

Dans ces conditions particulièrement contraignantes pour les organismes, seule une soixantaine d'espèces végétales est inféodée aux mangroves.
Le terme générique de palétuvier désigne tout arbre ou arbuste capable de s'adapter à une vie en eau saumâtre peu profonde.
L'aire occidentale de répartition des mangroves, dont fait partie l'Archipel des Bijagos, ne regroupe que quelques espèces arborées :
- dans la famille des Avicenniacées : Avicennia germinans (le palétuvier blanc), A. schaueriana, A. africana,
- dans la famille des Rhizophoracées : Rhizophora racemosa (le palétuvier rouge), R. mangle (le mangle rouge), et R. harissonni,
- dans la famille des Combrétacées : Laguncularia racemosa (le palétuvier gris) et Conocarpus erectus.

Deux espèces de palétuviers dominent dans l’Archipel des Bijagos : Avicennia africana et Rhizophora mangle ; elles sont accompagnées de Laguncularia racemosa et Conocarpus erectus.

La végétation spécifique de la mangrove dispose de mécanismes physiologiques adaptés à des conditions de vie très difficiles.


Les racines échasses, ou rhizophores, de certains
palétuviers leur permettent de s’ancrer dans la vase
et de résister au flux et reflux des marées

© Hellio - Van Ingen

Les palétuviers du genre Rhizophora poussent à l’interface entre le milieu terrestre et le milieu marin, les pieds dans l’eau à marée haute. Ils possèdent des racines échasses (appelées « rhizophores ») : celles-ci permettent non seulement un bon ancrage dans des substrats souvent meubles comme les fonds vaseux, mais donnent aussi au végétal une certaine souplesse qui lui permet de résister au mouvement de flux et reflux des marées. En outre, les Rhizophoracées ont un mode de germination particulier : la graine germe et l’embryon se développe sur l’arbre même. Ce n’est donc pas une graine qui tombe de l’arbre mais une petite plantule suffisamment développée pour qu’en tombant au sol elle s’y enracine aussitôt. Si elle tombe dans l’eau, la plantule flotte jusqu’à qu’elle soit suffisamment lourde pour tomber au fond et s’enraciner.
Les palétuviers du genre Avicennia se développent plutôt dans les zones marécageuses, derrière les Rhizophoracées, à l’intérieur de la mangrove. C’est un réseau très dense de racines superficielles horizontales qui leur permet de trouver un ancrage stable dans ce substrat très meuble. Ces palétuviers comportent par ailleurs des racines aériennes (appelées « pneumatophores ») qui leur permettent de « respirer » malgré une immersion prolongée. En effet, ces racines comportent de petites lenticelles au travers desquelles l’air peut passer. Un tissu particulier (l’aerenchyme), permet la circulation de l’air jusque dans les racines les plus profondes. Les Avicenniacées régulent la salinité de leur milieu interne par excrétion directe du sel via leur feuilles ou par dilution de leur sève.
La mangrove est l'un des écosystèmes les plus productifs du monde. Elle serait aussi productive que la forêt tropicale humide. Un hectare de mangrove représente 300 tonnes de matière organique sèche et en produit environ 15 tonnes par an (ce qui, sous nos latitudes, correspondrait à deux fois la production annuelle d’une prairie permanente, dont le rendement est estimé à 5-7 tonnes de matière sèche à l’hectare et par an).


Une faune abondante et variée

La faune présente dans les mangroves n’est pas spécifique de ce milieu. Ces espèces sont rencontrées dans d’autres milieux littoraux (estuaires, lagunes), leur aire de répartition est vaste.
Les eaux des mangroves abritent plancton, algues, mollusques, crustacés et poissons. Au sein de la mangrove se trouvent également d'autres animaux, non inféodés aux mangroves et provenant des milieux voisins comme les lézards, serpents, tortues de mer et crocodiles d'estuaires, ainsi que des lamantins, loutres, hippopotames et même dauphins dans les chenaux. Enfin, de nombreuses espèces d’oiseaux sont liés aux mangroves car ils se nourrissent dans les vasières qui les bordent lorsque l’eau se retire.
Le nombre d’espèces animales augmente progressivement au fur et à mesure qu’on s’éloigne de la mer et qu’on avance de la mangrove à la forêt marécageuse.


Le crabe violoniste creuse des terriers dans la vase : il joue
ainsi un rôle très important pour l’aération du sol des mangroves.
Ce crabe tire son nom de sa pince gauche proéminente

© Hellio - Van Ingen


Le périophtalme, un poisson amphibie emblématique des mangroves
© Hellio - Van Ingen


A la base de cette biodiversité : une formidable activité de décomposition de la matière organique

La mangrove est un milieu riche en nutriments minéraux et organiques issus d’une matière organique en décomposition particulièrement abondante. Celle-ci, constituée essentiellement de feuilles de palétuviers, alimente une flore bactérienne et fongique considérable à la base d’un vaste réseau trophique (chaîne alimentaire).

Schéma de l'écosystème de la mangrove

Les feuilles de palétuviers et autres éléments végétaux tombés dans l’eau sont décomposés par des bactéries et des champignons soit directement à la surface de l’eau (ils forment alors un film), soit sur le fond vaseux de la mangrove.
Les bactéries et les champignons fournissent des éléments nutritifs essentiels (acides aminés, stérols) aux animaux microscopiques et invertébrés qui consomment les débris végétaux ou les fragments du film de surface.
L’activité de décomposition des bactéries et champignons libère des éléments minéraux qui seront utilisés par le phytoplancton (algues microscopiques libres dans l’eau) via la photosynthèse. Ces algues seront ensuite consommées par des animaux microscopiques et invertébrés.
Les petits animaux consommateurs de débris seront ensuite consommés à leur tour par d’autres animaux plus gros, notamment des poissons juvéniles, des crabes, qui trouvent dans la mangrove une ressource alimentaire très abondante.



 


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